Sur le tournage d’Orlando Ferito à Palerme, en salle de montage à Paris, en résidence d’écriture au Moulin d’Andé, ou sur les pas de Chantal Akerman à Bruxelles, Vincent Dieutre raconte sa recherche d’un cinéma différent. Ces entretiens, entrecoupés d’extraits de ses films et de son texte "Abécédaire pour un tiers-cinéma" lu par Françoise Lebrun (La Lettre du cinéma n°21, 2003), invitent à un parcours dans une œuvre cohérente et singulière. Dieutre définit le "tiers-cinéma" comme un art "aux confins du documentaire, de la fiction, de la littérature et des arts plastiques". Les mots "intime" et "politique" y sont maîtres. D’une part, le réalisateur s’investit physiquement, par la voix off mais aussi par le corps - qui littéralement tombe devant un tableau du Caravage dans Leçons de ténèbres (2000). D’autre part, à partir de cette subjectivité exacerbée, il regarde le monde, que ce soit lors d’une traversée de l’Allemagne dans Mon voyage d’hiver (2003), en invoquant ses souvenirs d’enfance face à une révolte collective dans Bologna Centrale (2003), ou depuis la fenêtre d’un amant qui s’ouvre sur des réfugiés afghans dans Jaurès (2012). Ce cinéma ne trouve pas toujours la porte d’un circuit commercial classique : faute de financement, Dieutre doit abandonner le scénario de Flow my Tears, devenu une installation en 2012. C’est que le cinéaste travaille loin des écritures figées et fait du plan sa matière première.
Réalisation : Fleur Albert
Écriture : Fleur Albert
Image : Fleur Albert, Christophe Michelet, Marc Seferchian
Son : Jean-Jacques Faure
Montage : Catherine Zins