Ce classique de John Ford est autant à prendre comme un pur western où la cavalerie américaine défie les attaques indiennes que comme un film sur la réconciliation d'une famille, éclatée pendant douze ans.
Les retrouvailles sont doubles puisqu'elles concernent un homme et sa femme mais aussi un père et son fils, et les discussions porteront sur le retrait de ce dernier au sein du commandement du colonel York. Ford passe donc habilement du western au mélo en adoptant différents tons, légers et graves, et est capable de réunir le lyrisme d'une chanson rendant hommage au couple principal et l'action d'une scène de poursuite intense et trépidante.
"Rio Grande" reste un film impressionnant dans sa maîtrise des passages de la comédie au drame et de l'attente à l'action grâce à la justesse de son découpage et de son timing. Un beau film, un peu long mais assez émouvant, notamment dans les scènes entre John Wayne et Maureen O'Hara, magnifiquement écrites et sublimées par des gros plans qui mettent en évidence la puissance du jeu des acteurs, impeccables de bout en bout.
La vision "noble" de l'armée à qui l'on pardonne et justifie toutes les incursions en pays neutre sous prétexte d'aller exterminer de "vilains" sauvages (que l'on a poussés à le devenir, soit dit en passant) dans une région appelée pour l'occasion "territoires indiens" et ce, malgré la promesse faite, aurait de quoi faire grincer des dents les moins pacifistes des alter-mondialistes.
La trilogie thématique de Ford sur la cavalerie américaine prend fin avec un ce film, cran en-deça des deux films précédents, mais il clôt une trilogie cohérente et empreint d'une nostalgie sincère.