Synopsis : Alan Howard atterrit au Kenya pour rejoindre son frère qui dirige une exploitation agricole. Il est accueilli à l’aéroport par Mary Crawford, une amie de la famille. Au moment d’arriver chez son frère, ils découvrent que celui-ci a été assassiné, victime de la révolte des Mau-Mau qui se développe sur le territoire ...
Simba (titre original Simba), film réalisé en 1955 par Brian Desmond Hurst, porte sur la révolte au Kenya des Mau Mau, mouvement insurrectionnel agissant à cette époque au nom du peuple Kikuyu opprimé par l'Empire Britannique. Le peuple Kikuyu à l’origine de la révolte Mau Mau (le terme Mau Mau n’ayant aucune signification en kikuyu) est, au moment de la colonisation, en pleine expansion géographique et démographique et vit dans un profond malaise l’accaparement et la confiscation des terres par les Blancs. L’arrivée des Britanniques a profondément transformé les structures sociétales des Kikuyus et une conjonction de décisions et de politiques administratives va contribuer à bouleverser les rapports sociaux et les structures sociétales.
Pour faire un bon film d’aventure, on doit utiliser de nombreux ingrédients : de l’action, de l’exotisme, du suspense et une pincée de romance, le tout lié par un rythme soutenu. Simba bénéficie d’une belle dose de tous ces composants. Avant même l’entrée en scène des principaux protagonistes, le film s’ouvre sur une séquence violente très sèche, annonciatrice d’une atmosphère tendue qui sera habilement entretenue tout au long du film. On retrouvera à plusieurs reprises ce type de séquence, notamment lors de l’attaque des révoltés chez les parents de Mary ou lors de l’intense final. Brian Desmond Hurst fait preuve dans ces moments de sa capacité à filmer des scènes très dures sans la moindre fioriture, leur donnant une intensité appréciable qui permet de tenir en haleine le spectateur. Une sensation largement renforcée par le montage dynamique du film que l’on mettra au crédit du monteur Michael Gordon, qui connaitra quelques mois plus tard le sommet de sa carrière en travaillant sur Rendez-vous avec la peur de Jacques Tourneur.
Coté acteurs, Dirk Bogarde (loin de l'intensité de jeu qu'on lui connaîtra dans "The Servant") déploie une belle énergie en interprétant un personnage, déchiré entre ses sentiments pour Mary et son envie de vengeance, et dont l’état d’esprit est bouleversé par les évènements. Face à lui, on retrouve McKenna séduisante et pleine de classe, plutôt habituée au cours de sa carrière aux films "exotiques" et dont le personnage plus monolithique est particulièrement attachant grâce à la force de ses convictions cachées derrière une fragilité apparente. On prend un grand plaisir à voir se construire la relation amoureuse entre Mary et Alan, un rapport riche et complexe, écrit avec beaucoup de subtilité qui est le reflet d’un scénario impeccable.
Au côté de ces deux personnages principaux, celui qui attire le plus notre attention est celui de Karanja, un docteur noir tiraillé entre sa solidarité envers son peuple et l’amitié qu’il nourrit pour plusieurs colons, dont Mary. Ce personnage est particulièrement riche et intelligemment écrit, et soulève des questions d’une étonnante modernité pour l’époque, en incarnant les souffrances d’un peuple africain modéré, rêvant d’émancipation mais rejetant la violence absolue des plus extrémistes. Karanja est ainsi soupçonné, tout au long du film, de complicité envers les Mau-Mau par les Blancs et rejeté par sa propre famille, qui voit en lui un traitre à cause de ses amitiés avec des Anglais. Personnage le plus sage et le plus raisonné, il est vraisemblablement le porte-parole du scénariste et du réalisateur.
Alors que la révolte Mau Mau continuait de faire rage au moment du tournage, le film ne cesse de nuancer son propos en laissant plusieurs points de vue s'exprimer, évitant le manichéisme. Il se démarque ainsi des autres productions du genre et évite tous les écueils pour nous offrir un film d’aventure efficace doublé d’une réflexion plutôt intéressante sur la situation tragique qu’il décrit. En présentant les Mau Mau exagérément violents et menaçants, Brian Desmond Hurst ne s’en sert pas pour montrer de dangereux sauvages mais plutôt pour symboliser une menace presque surnaturelle, à l’image de ce que faisait Hugo Fregonese avec les Indiens dans son film "Quand les tambours s’arrêteront" (diffusé précédemment).
Film d'aventure exotique sans prétention "Simba" bénéficie d'un charme certain et se laisse découvrir aujourd'hui avec plaisir.